lundi 29 février 2016

A quand la suppression du délit d'outrage ?

Liberté, égalité (de tous devant la loi), fraternité. 
Dans notre pays tant épris d'égalité et qui est fier d'avoir assassiné les rois, c'est quand même étonnant que, selon l'Article 433-5 du code pénal,  

"Constituent un outrage puni de 7 500 euros d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie."

C'est le fameux "outrage à agent", si souvent dégainé par la police. 

Ne serait-ce pas une mesure de justice, une mesure d'égalité, que de rendre la parole des citoyens aussi audible que celle des fonctionnaires ? 
En attendant de supprimer le statut de la fonction publique, pourquoi ne pas supprimer le délit d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public ? 

Au moment où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, on sur-arme, à tort ou à raison, la police nationale ou municipale, tout en déniant au citoyen lambda le droit de s'armer, lui aussi, pour protéger sa vie et celle des siens plutôt que de composer le 17 et attendre que quelqu'un réponse, comment accepter que, dans la réalité, il y ait deux France sur le plan de l'expression : celle qui a le droit de parler, et celle qui a le droit de la fermer ? 

Ce syndicaliste CGT qui a certes tenu des propos insultants envers le Premier Ministre (1), nous rappelle que comme dans les régimes les moins recommandables de cette planète, il n'est pas recommandé de commettre de crime de lèse-majesté. 
C'est. ça, la République ? C'est ça, la "gauche" ? C'est ça, l'égalité ? 

La dépénalisation du délit d'outrage n'est pas une lubie isolée de blogueur ultra libéral ;-), c'est une proposition de la Ligue des Droits de l'Homme (2) . Le fait que Sarkozy ne soit plus président de la République depuis 4 ans maintenant ne doit pas nous faire oublier l'actualité sans cesse renouvelée d'une telle proposition. 
Et que les amis de la droite républicaine, attachés à l'ordre, se rappellent qu'eux aussi peuvent être victimes de la police. Ils n'ont toujours pas compris que l'outrage à agent ne concerne pas que les racailles non intégrées des banlieues chaudes (3). 
C'est toujours étonnant, trois ans après la répression de la Manif pour Tous, ou, à une échelle infiniment plus grave,  74 ans après la Rafle du Vel d'Hiv, de voir que certains, à droite, s'étonnent du fait que la Police, en tant qu'institution, n'a hélas pas toujours des états d’âmes, elle n'a que des ordres, et des missions, et elle n'a pas d'affect, mais des armes, létales ou judiciaires, le tout au service du pouvoir du moment. 






dimanche 28 février 2016

De l'optimisme : Peter Thiel et les fondamentaux du libertarianisme

Pendant que François Hollande se prend en pleine face les conséquences de ses ambiguïtés et mensonges, que la gauche se bat pour savoir s'il faut travailler 35h ou 32h par semaine, et que la droite fait le concours du politicien le plus mis en examen, heureusement, quelques individus à la frontière entre la politique version Ron Paul et le post politique ouvrent le débat.

Par exemple, ils nous rappellent que, bien que les politiciens et les Etats posent bien souvent plus de problèmes qu'ils n'apportent de solutions, la technologie et la créativité des individus font que nous ne sommes pas forcément condamnés à un futur ultra étatiste.

Peter Thiel est un des ces individus.







Peter Thiel est un entrepreneur de la Silicon Valley. Avec Max Levchin et Elon Musk, Thiel a cofondé PayPal. Il est actuellement le président de Clarium Capital Management LLC, un hedge fund, et un partenaire dans The Founders Fund, un fonds de capital risque.
Peter Thiel a lu, notamment, le Seigneur des anneaux, Ayn Rand et Alexandre Soljenitsyne pendant ses années de lycée, avant d'étudier la philo à Stanford.

Ce libertarien, à l'occasion de son séjour à Paris la semaine dernière (1), a rappelé quelques vérités utiles à diffuser :



  • Il n’y aura pas d’avenir enviable sans progrès technologiques.
  • on parle de nos nations comme des "pays développés", comme s’il n’y avait plus rien à inventer.
  • Nous ne vivons pas en démocratie. Les gouvernements élus ne représentent pas vraiment le peuple. Et la plupart des décisions sont prises pas ces bureaucraties compliquées non élues, parce que les questions sont de plus en plus compliques. Mais ces administrations ont tendance à avoir la main trop lourde sur la régulation. Si bien que nous n’avons ni liberté, ni démocratie !
  • c’est intéressant de réfléchir à la manière de bâtir un nouveau pays à partir de zéro (*)
  • Il y a une différence qualitative dans les risques d’abus entre les multinationales les plus puissantes type GAFA et les états. Pour moi, les états sont beaucoup plus puissants : ils ont des armées, une police, des prisons. Ils font usage de la violence, ils peuvent tuer les gens.
  • La principale critique libertarienne du gouvernement américain, c’est toutes ces interventions militaires, ces guerres extérieures coûteuses dans lesquelles il se lance.

Fait extraordinaire, ce message a été repris par des médias aussi franco-français (donc pro états ou en tout cas défenseur de l'ordre établi) que Canal Plus ou L'Obs.
Si les followers de ces medias mainstream analysent la situation française, alors ils réaliseront que l'Etat, pris en otage par la classe politico-fonctionnaire, est le problème, pas la solution.
Sommes nous plus en sécurité depuis que nous sommes en guerre au Mali ? L'avalanche de lois et de normes a t-il un quelconque impact positif sur nos vies ? Demandez aux agriculteurs ce qu'ils pensent de cet excès de normes. Et Google, Apple, Facebook ou Amazon ont-ils plus ou moins contribué à la diffusion des valeurs de liberté que les différents états qui disent se battre partout dans le monde pour la démocratie ? 








(*) Un peu comme l'initiative Liberland, le Free State Project européen

samedi 27 février 2016

Taxis Parisiens vs VTC : le combat d'arrière garde ?

N'est-il pas significatif que les archi conservateurs de l'extrême gauche ou de l'extrême droite soient parmi les derniers soutiens pro statu quo des taxis parisiens ?

Pendant que le Front de Gauche (1) et le Front National (2) dénoncent la stratégie d'ubérisation de notre société/les américains / les paradis fiscaux / la concurrence déloyale et se battent pour "protéger le modèle social français", le front de l'innovation se déplace.

La guerre est-elle entre Uber/Le Cab/Chauffeur-Privé et les taxis ? Même plus. C'est limite du passé. 

On a appris cette semaine que, dans le cadre de l'analyse des projets de smart city, Jean-Louis Missika, en charge de ces dossiers à la mairie de Paris, "étudie la mise en place à Paris de transports sans chauffeur d'ici 2020" (3).
Les taxis se battent contre les VTC, alors que les VTC sont déjà dans le paysage et qu'une autre offre est en train d'émerger. 

Il n'y a pas de surprise à une telle annonce de la part de la ville de Paris..

Déjà, chez Google, les voitures sans chauffeurs avancent, et ce n'est pas le seul acteur.
Par exemple, Londres va lancer des voitures sans chauffeur à Heathrow cet été (4). Même Uber a une réflexion (sans doute très avancée) sur le sujet (5).

Ensuite, et c'est dommage que la campagne 2015 des régionales Ile de France ait préféré mettre l'accent sur des petites phrases type "candidat de la race blanche" plutôt que sur des enjeux stratégiques, le candidat centriste et libéral Aurélien Véron, de la plateforme aux Urnes Citoyens, avait fait passé le message d'un archaïsme des monopoles publics type RATP (6) ou privés type taxis sous licence, face à l'émergence de nouvelles technologies alternatives, comme la voiture ou les bus sans chauffeur.




Les électeurs, dont les taxis, et les médias, avaient-ils reçu le message ? Le message est en train de se transformer, sous nos yeux, en faits.

Face à cette vague technologique, des taxis, et même des VTC, n'ont pas tout à perdre. Ils ont même une carte à jouer, celle du service et de la relation directe, humaine.
Disons bien : Des taxis, pas Les taxis. Les taxis, ça ne veut rien dire. Il y en a des inutiles (au véhicule sale ou obsolète, pas équipées en lecteur de carte de crédit, à la conversation insipide ou pénible) et il y en a des bons (a propos dans la conversation, conduisant bien, équipés de véhicules plaisants).
Il y aura toujours des gens qui préféreront faire des déplacements en taxi. Tout est dans l'offre, tout comme le concept de la start up parisienne 4 roues sous un parapluie (se promener dans Paris en Citroen 2 CV décapotée) n'a tué le Vélib, ni la ligne 73 des bus RATP, ni la ligne 6 du métro, ni les velos-taxis, ni les même les taxis. Le même client peut avoir envie d'expériences différentes et peut donc être amené à utiliser tous ces services. Et ne parlons pas de ceux qui, véhicules sans chauffeur ou pas, ne seront jamais des clients des taxis.

Si les politiciens voulaient rendre service au taxis, ils leur proposeraient deux choses : d'une part, une opération vérité sur ces fameuses licences. Ils rappelleraient que les licences de taxis font certes l'objet d'un commerce, mais qu'elles ont aussi été distribuées gratuitement par la préfecture de police de Paris. 

D'autre part, ils leur feraient lire la pétition des marchands de chandelles, le classique de Frédéric Bastiat (7). Les plaintes des vendeurs de bougie contre la concurrence déloyale du soleil sont décidément d'une telle actualité ...


On pourrait ajouter une troisième action : faire prendre conscience aux 12 millions de franciliens que nous sommes tous des ambassadeurs de Paris, et de l'image, positive ou négative, véhiculée auprès des touristes.
Faire brûler des pneus sur le périf ou organiser des opérations escargot sur la A1 est-elle la meilleure réponse que les taxis puissent apporter, dans ce contexte ? 
Toutes les villes de la terre, qui ont vu fleurir les VTC, sont la preuve vivante que le marché est assez grand pour tous et que le marché s’est étendu, sans faire de victimes de la faillite (7). C'est normal : la diversité crée le marché !

Ce qui est sûr, c'est que c'est fini, les rentes de situation, et tant mieux ! Les taxis parisiens, une fois qu'ils auront fini de pleurer la perte du contrat Agnès Saal (9), pourront peut-être passer à autre chose ? 




(2) Front National Taxis : les raisons d’une juste colère 27 janvier 2016
(3) Municipales 2014 à Paris Transports: Des minibus sans chauffeurs à Paris avant 2020 26 février 2016
(5) Les Echos Uber accélère sur la voiture autonome 25 février 2016
(6) Huffington Post La fin annoncée des transports publics en Ile-de-France 20 octobre 2015

vendredi 26 février 2016

SNCF, et si vous ameniez les Eurostar à Austerlitz ?

En attendant le Brexit et la future nouvelle guerre de cent ans entre les British et nous, nos amis et voisins anglais sont parmi les plus importants touristes pour notre pays : ils sont près de 12 millions à venir visiter notre pays (1), soit le deuxième groupe de touristes juste derrière les allemands.

La porte d'entrée en France de ces touristes, c'est très souvent la Gare du Nord, le terminus des Eurostar.
Or, on le sait, la Gare du Nord est un problème.

Déjà, c'est la gare parisienne la plus fréquentée, avec ses Eurostar, ses Thalys, ses TGV, son réseau banlieue, ses lignes vers la Picardie et le Nord Pas de Calais, sans oublier ses deux lignes de RER et ses trois lignes de métro.
La Gare du Nord voit passer près de 550.000 voyageurs chaque jour, soit 190 millions de voyageurs par an.
C'est simple, le volume de passagers que connait la Gare du Nord est 4 fois plus élevé que celui observé à Saint Pancras (2), elle même deux fois moins importante en terme de trafic que Waterloo.
Mais si le match entre la Gare du Nord et Saint Pancras  ne concernait que les chiffres du trafic voyageurs ...!

C'est simple : même France 2 est obligée de reconnaître qu'entre la gare du Nord à Paris et celle de Saint-Pancras à Londres, les voyageurs constatent de nettes différences (3).





Alors, la mairie de Paris nous dit "on va faire des travaux", par exemple, rendre piéton le boulevard de Denain. 
Ou encore, la SNCF va dire "on va travailler sur la propreté". 

Mais est-ce suffisant ? 

Si l'objectif est de mieux accueillir les touristes, afin qu'ils évitent de dire, comme Andy Street, directeur général d'une chaîne de magasins britanniques, que la Gare du Nord est  «le trou le plus sordide d'Europe» et St-Pancras «une gare moderne tournée vers le futur" (4), pourquoi ne pas envisager une solution un peu plus radicale ?  



Rappelons-nous le contresens géographique apparent qui consiste, quand on vient de France, donc du sud de l'Angleterre, à arriver à Saint Pancras, c'est à dire par le nord, plutôt qu'à Waterloo, au sud de Londres. 

Pourquoi la SNCF ne proposerait pas un échange équivalent, en amenant les Eurostar à Austerlitz, ce qui aurait trois points positifs : 

  • soulager la Gare du Nord, gare surexploitée qui, rappelons le, doit, avec la Gare de l'Est, encore finaliser la réflexion sur la desserte de Roissy Charles de Gaulle
  • donner du trafic à une gare sous-exploitée et marginalisée depuis que le TGV dessert l'ouest et le sud ouest
  • célébrer une victoire militaire française :-)

Mais on fait comment ? 

L'infrastructure existe déjà quasiment. 

Au nord de Roissy Charles de Gaulle, les TGV disposent déjà d'une voie de contournement de l'Ile de France, et qui permet aussi de desservir EuroDisney. 

Il suffirait donc que la SNCF décide de construire un pont de franchissement de la Seine, dans le Val de Marne, entre Villeneuve Saint George et Vitry sur Seine, pour faire communiquer les voies avec l'approche de la Gare Austerlitz.
Et étant donné que la SNCF n'a pas d'argent pour le faire, elle a déjà du mal à entretenir les voies existantes (Cf le drame de Brétigny(5)) c'est naturellement n'importe quel investisseur privé, Eurostar, Eurotunnel ou autre, qui pourrait s'en occuper.

Bâtir une telle infrastructure, et rénover la Gare d'Austerlitz, coûterait sans doute bien moins cher que les millions d'euros que la SNCF compte investir Gare du Nord (6), notamment pour doubler la taille du terminal Eurostar !



Source : SNCF Reseau




Egalement publié sur Contrepoints




(1) Bercy 83,8 millions de touristes étrangers en France en 2014
(2) L'Express Saint-Pancras contre gare du Nord.html 1 juin 2010
(3) France TV Info Gare du Nord à Paris vs Saint-Pancras à Londres, un contraste saisissant 11 juillet 2015
(4) Le Figaro «La France est finie», juge le patron des grands magasins anglais John Lewis 3 octobre 2014
(5) BFM TV Catastrophe de Brétigny: les usagers réclament "une commission d'enquête parlementaire" 24 février 2016
(6) Le Figaro La SNCF s’attaque au chantier de la gare du Nord 25 juin 2015

mercredi 24 février 2016

Des questions sur les chiffres du chômage

Les chiffres de chômage pour le mois de janvier ont été publiés. Ils montrent une amélioration pour la catégorie A de France métropolitaine. 




Le chômage a baissé de 0,8% le mois dernier. C'est évidemment une bonne nouvelle pour les ex chômeurs qui ont retrouvé du travail. Surtout que, depuis que Hollande est au pouvoir, le nombre de chômeurs est passé 4,4 millions en mai 2012 à 5,5 millions en novembre 2015

Mais ces chiffres de janvier 2016, selon Marc Landré, journaliste au Figaro, incluent une hausse "inhabituellement forte" des radiations pour défaut d'actualisation. C'est aussi le constat de RTL (1)




Les sorties enregistrent dans le même temps une hausse de 3,0%, une évolution qui recouvre une augmentation sensible des reprises d'emploi déclarées (+5,1%), des arrêts de recherche (+5,6%) et des radiations administratives (+4,0%). Quant aux cessations d'inscription pour défaut d'actualisation, le principal motif de sorties, elles sont en hausse de 1,5% sur trois mois après une baisse continue depuis l'automne (2).  

Les radiations et les stages ? Est-ce là, la méthode que Hollande privilégiera pour oser se représenter en 2017 ? 

D'autre part, en France (y compris Dom), le nombre de demandeurs d’emploi s’élève à et 5 764 300 pour les catégories A, B, C (–0,3 % sur un mois, +4,1 % sur un an).

Du coup, au vu de ces chiffres, on peut rappeler ce que Ségolène Royal disait, à l'époque, c'est à dire en 2011, quand le chômage progressait, puisque même pour la stat affichée pour la catégorie A métropolitaine, les chiffres sont au mieux peu clairs :





Que nous dit Eurostat ? Le chômage en France est plus élevé en France qu'au Royaume Uni, aux Pays Bas, en Allemagne, en Lettonie, en Suède, en Finlande, en Irlande, au Danemark, en Belgique ...

Pourtant, parmi la population de 15 à 64 ans, hommes et femmes, le taux d'emploi est faible en France. Alors que 80% des Suisses en age de travailler disposent d'un emploi (Allemagne, 74%), en France, c'est 64%.

Les faits montrent qu'on ne peut donc accuser ni l'euro (il existe en Finlande ou aux Pays Bas) ni les 40h (cf la Suisse), certains veulent sortir de l'euro, d'autres passer aux 32h.
Le chômage est donc un problème intrinsèque à nos choix, ici chez nous en France.C'est notre code du travail, nos choix de société, anti outsiders et pro outsiders, qu'il faut interroger.

Oui, Ségolène Royal a raison, si on estime que la politique peut s'attaquer au taux de chômage : Le chômage a encore progressé, la France n'est ni présidée ni gouvernée. 
Son tweet de 2011, dans une perspective dirigiste, est encore d'actualité. 

Évidemment, il en couterait trop, à un socialiste, d'avouer qu'il ne peut rien pour l'emploi, ce sont les entreprises qui le créent, mais qu'en revanche, son rôle en tant que politicien est de créer un environnement favorable à la création d'emploi, c'est à dire un environnement pro business, donc de stabilité juridique et fiscale.
Dans ce contexte, il n'est pas certain du tout que la loi travail présentée par El Khomri et Valls  soiot la réponse adaptée, même si, en ce qu'elle représente une sorte de loi Hartz, elle était sans doute nécessaire.

En tout cas, bravo au gouvernement qui, après avoir rendu à la droite française avec son très controversé (à gauche) projet de loi sur le travail, dit PJL El Khomri, rend maintenant un hommage involontaire à Winston Churchill, qui disait "Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées".


(1) RTL Chômage : le nombre de demandeurs d'emploi en baisse de 0,8% en janvier 2016 24 février 2016
(2) Zone Bourse France-Baisse de 0,8% du chômage en janvier 24 février 2016

mardi 23 février 2016

Les #QAG qu'on entendra pas cette après-midi à l'@AssembleeNat

Il y a du neuf du coté des questions au gouvernement (#QAG).

Vous savez que LCP, la chaîne confidentielle qui nous coûte 35 millions d'euros par an (1), ainsi que la chaine France 3, maintenue en survie gràce à la redevance TV, rediffusent le spectacle des députés à l'Assemblée Nationale. (Enfin, il y a spectacle quand les élus donneurs de leçons mais absentéistes se donnent la peine de venir ...).

Et bien, comme pour d'autres secteurs publics ou précédemment monopolistiques et figés, il y a un petit jeune, armé d'une bonne dose de technologie, qui veut améliorer les choses, c'est à dire ubériser.

En l'occurrence, ici, il s'agit par exemple de ce blogueur sur le site la Vie Publique, qui commente les questions au gouvernement à la manière d'un tournoi de jeux vidéo. Pour le suivre, il y a YouTube, Twitter et Facebook

Enfin, ne nous y trompons pas.

Si la société civile innove, la classe politique, elle, reste sur des vieilles pratiques, de type féodales. Ainsi, on apprend que la série House of Cards est une bonne approche de la réalité de la vie politique française (4) sous l'autoritaire (5) Manuel Valls. Si jamais les députés ont des velléités d'indépendance vis-à-vis de leur groupe et ne veulent pas voter comme des robots, le gouvernement les appelle en maniant la carotte (subvention dans la circonscription de l'élu) et le bâton (menace sur les investitures aux prochaines élections).
Dans ce contexte, peut-on quand même espérer des députés qu'ils exercent leur mission de contrôle de exécutif,par exemple en posant les QAG suivantes ?




  • Question pour  secrétaire d’Etat auprès du ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, chargée du numérique, Axelle Lemaire; Madame la Ministre, dans un avis remis au gouvernement, la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) estime qu'il serait théoriquement possible pour les services de collecter les URL visitées par les internautes surveillés (4). Nous sommes donc très loin de la collecte de méta données neutres dont le gouvernement parlait il y a quelques mois encore.
    Madame la Ministre, au moment où un certain nombre d'organisations, dont le Parti Libéral Démocrate, ont déposé un recours contre la Loi Renseignement devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme (5), étant donné qu'aucun autre pays européen confronté au terrorisme n’a adopté de mécanisme similaire, le gouvernement va t-il tirer les conclusions de a dérive liberticide et pourtant (hélas) inefficace de l'ensemble du dispositif juridique de "lutte contre le terrorisme" ? Allez-vous demander la suspension puis l'abrogation de la Loi Renseignement ? 

  • Question à la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine ; Madame la Ministre, au moment où le gouvernement tente de remettre à plat aussi bien le droit du travail que le fontionnement de l'assurance chômage, où en est la réflexion sur le régime social des indépendants (RSI) ? Une note du think tank Génération Libre montre que le RSI est dysfonctionnel, mal géré, inefficient au regard des objectifs qui lui ont été fixés et désormais illisible, bref une véritable usine à gaz (6). Pourquoi, Madame la Ministre, ne pas rendre aux indépendants la liberté de choisir leur assurance et de s’affilier, ou non, au RSI

  • Question au secrétaire d’Etat auprès du ministre des finances et des comptes publics, chargé du budget, Christian Eckert : Monsieur le Ministre, les experts de l'IFRAP sont formels : La France ne parviendra pas à respecter son engagement de réduire son déficit à 3% en 2017. C'est tout simplement impossible dans l'état actuel de nos finances publiques. Selon les projections de la Fondation iFRAP, le déficit pourrait déraper à plus de 80 milliards en 2016 au lieu des 72 milliards affichés par le gouvernement. Et il n'y a aucune raison pour que le solde des comptes publics s'améliore vraiment en 2017 (7).
    Pourtant, on le sait, votre gouvernement se dit profondément attaché aux règles décidées en commun, au niveau Européen, dont les traités.
    Or, il n'y a que deux façons de réduire les déficits : augmenter les impôts, ou réduire la dépense. Mais chacun sait, y compris au sein de cette assemblée, que les impôts ont franchi, depuis longtemps, en France, un seuil insupportable.
    Quelle est du coup, Monsieur le Ministre, la politique de réduction des dépenses publiques que vous comptez mettre en place ? 

  • Question pour le ministre de l’aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales Jean-Michel Baylet : Monsieur le Ministre, les citoyens attendent de votre part comme de celle de vos 37 autres collègues, votre déclaration de patrimoine. Il semble que vous soyez lié à un journal quotidien régional important, vous plaçant, si le fait est vérifié, dans une incroyable situation de conflit d'intérêt. En France, on a tellement critiqué Silvio Berlusconi pour sa position passée de Premier Ministre italien et de premier opérateur de médias en Italie qu'il serait inconvenant que vous ne vous posiez pas quelques questions.
    Un des sujets qui concerne votre périmètre ministériel, c'est la question des déserts médicaux. Il y a quelques années, vous sembliez plutôt contre les mesures coercitives visant à forcer les jeunes médecins à s'installer en zones sous-dotées (8). Certes, le problème des déserts médicaux n'est pas nouveau puisqu'en 1984, quand vous étiez déjà ministre, la question des déséquilibres se posait déjà. Mais quelle est votre position actuelle ? Pensez-vous, comme la Fondapol, que le numérique, et les cabines connectées, permettront de faire reculer les déserts médicaux (9), en France comme ailleurs ? 

  • Question au ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement, Stéphane Le Foll : l'incursion nocturne de paysans dans votre jardin dimanche soir vous a involontairement mis au sommet de la gloire warholienne (10), mais les questions demeurent. Certes, il y a une crise de l'agriculture que personne ne peut nier. Mais pourquoi ne pas analyser les causes réelles, plutôt que d'accuser Bruxelles ou les grandes surfaces ?
    Pourquoi des producteurs étrangers relèvent-ils le défi de la concurrence, alors que les Français ne s’en sortent pas ? Le poids des charges payées à l’Etat et aux diverses administrations locales, sociales n'est-il pas trop élevé ? Et la moindre productivité des paysans français n'est-elle pas également à souligner (11) ?
    Ne faudrait-il pas, en même temps que l'Etat français se réforme, que les agriculteurs prennent conscience du fait qu'ils sont avant tout des chefs d'entreprises, et non pas des employés du ministère de l'agriculture ou de la politique agricole commune ? 

  • Question à la  ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat,  Ségolène Royal : alors comme ça, Madame la Ministre, la liberté de la presse ne vous plait pas (12) ? Quitter en plein direct le plateau du Supplément de Cana +, est ce une attitude responsable ? Il y a pourtant tant à vous reprocher, entre la quasi cessation de paiement de la région Poitou-Charente (13), les soupçons de délit d'initié sur l'action EDF au sein de votre cabinet, vos velléités de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires (elle est où, la fermeture de Fessenheim ?), le dossier des véhicules électriques Mia Electric ou celui de la Banque publique d'investissement ...
    Madame la Ministre, vous qui dans les années 90, quand vous étiez déjà ministre de l'environnement, déjà aux cotés de Sapin, vous plaisiez tant à envoyer des messages à la jeunesse, quel message pensez-vous envoyer quand on voit que l'incompétence est finalement récompensée ? 

  • Question au ministre des affaires étrangères et du développement international, M. Jean-Marc Ayrault : félicitations Monsieur le Ministre, il ne doit pas être facile de passer de la gestion des rapports de force au sein de la section locale du Parti Socialiste de Nantes à la gestion des dossiers diplomatiques qui occupent la France.
    Vous n'étiez pas au coté de Manuel Valls à Ouagadougou, au Burkina Faso samedi dernier. Sans doute réfléchissiez-vous au Brexit ? Mais quelle initiative la France, le nouvel homme malade de la Zone Euro (14), va prendre, afin de relancer la construction européenne ? 

  • Question au garde des sceaux, ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas : Monsieur le Ministre, d'après Médiapart, votre bras droit du ministre a interdiction de toucher au dossier Pérol.


    Qu'y a t-il dans ce dossier de si sensible ?
  •  
  • Question pour la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, Najat Vallaud-Belkacem ; comme le note la spécialiste de l'éducation Nelly Guet, on a beaucoup parlé d’Europe cette semaine mais peut-être pas de l’essentiel ! La diversité des types de relations Ecole-Entreprise Europe semble expliquer le caractère inégal du séveloppement de l'apprentissage. Là où l’enseignement « dual » existe, en Allemagne, Autriche, Suisse,... le chômage des jeunes n’est pas un problème. Là où l’entreprise est tenue à distance du système de formation initiale, les taux atteignent des sommets (15). Certes, Madame la Ministre, l'Education Nationale a énormément de défis à relever. Mais pourquoi ne pas  associer les entreprises ? 


On pourrait entendre ces questions, si il y avait une vraie séparation des pouvoirs entre l'executif et le législatif, ainsi qu'une vraie opposition au dirigisme du gouvernement.



(4)  Numerama Le Renseignement pourra voir en partie les URL visitées, théoriquement 19 février 2016
(5) Dont Tread On Me Le PLD s’oppose à la Loi Renseignement devant la CEDH 23 février 2016
(6) Génération Libre  Faut-il privatiser les assurances sociales des Indépendants ?
(7) IFRAP Objectif Zéro Déficit 18 février 2016
(8) Le Monde La lutte contre les déserts médicaux, clivage entre les candidats PS 5 octobre 2011
(9) Fondapol Une cabine connectée pour faire reculer les déserts médicaux Par Farid Gueham 22 février 2016
(10) L'Opinion #LeFoll : la photo qui vaut le détour 22 février 2016
(11) Libres.Org  Paysans : la faute à qui ? 7 février 2016
(12) Le Point Le coup d'éclat (et de com) de Ségolène Royal sur Canal+ 22 février 2016
(13) Le Figaro Poitou-Charentes : Rousset pointe la «dérive» financière de l'ancien fief de Royal 22 février 2016
(14) Institut Thomas More La France | L’« homme malade » de la zone euro 10 février 2016
(15) Alerte Education Consulting On a beaucoup parlé d’Europe cette semaine mais peut-être pas de l’essentiel ! 20 février 2016

lundi 22 février 2016

L'intérêt du libre échange et de la division du travail

On lit de plus en plus des appels au protectionnisme. Pourquoi pas.
Mais la vidéo ci dessous permet de comprendre en partie ce que ça implique.

Il en faut, des étapes, pour faite un simple sandwich.




L'inverse de la théorie d'Adam Smith, illustrée.

dimanche 21 février 2016

Apple et IKEA, la dernière opposition aux états hors de contrôle

Il y a une théorie en vogue chez les étatistes modérés (socialistes de gauche comme de droite) aussi bien que chez les dirigistes de tout poil, c'est qu'il existerait une sorte de responsabilité sociale des entreprises, notamment les multinationales.

Cette responsabilité sociale induit le fait que ces acteurs devraient non seulement payer plus d’impôts que ce que le strict respect de la loi implique, mais qu'en plus ils devraient se soumettre aux désiderata des administrations diverses et variées.

Par exemple, on peut lire ce genre de tweets, émanant de Bercy : bien que l'optimisation fiscale soit légale, Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, regrette que "des multinationales se débrouillent pour ne plus payer du tout d'impôts" (1)



Et peut importe que des entreprises publiques françaises, directement ou indirectement supervisées par les services de Sapin (2), utilisent les techniques d'optimisation fiscale ...

Notons qu'outre Atlantique, c'est pareil : le US Treasury veut (et obtient) des modifications de lois pour empêcher des entreprises américaines de déplacer leur siège dans des pays à taux d’impôts raisonnables, comme l'Irlande.




Outre devoir payer un max d’impôts, les entreprises devraient aussi, selon les politiciens de divers courants, se soumettre à la police, y compris si cela bafoue des valeurs fondamentales ou si cela met en danger des principes (3). 
Chez nous, l'ancien député socialiste et actuel ministre de la justice, garde des sceaux, ainsi que tous membres du lobby pro surveillance, ont tout fait pour que les opérateurs fournisseurs d'accès à Internet aient des boites noires qui scannent tout ce que font leurs clients. 







De même, outre Atlantique, on somme Apple de créer des accès type backdoor aux téléphones de ses clients, afin de faciliter des enquêtes de police.





Le consensus généralement accepté par les citoyens, en ce qui concerne des pays comme l'Union Européenne ou les Etats Unis d'Amérique, c'est que nous vivons dans des pays démocratiques, c'est à dire des Etats où les mécanismes de démocratie représentative permettent aux électeurs d'avoir un certain levier sur les lois, lois qui sont globalement en accord avec les valeurs telles que la séparation des pouvoirs ou le respect des Droits de l'Homme.

Notre attachement à la démocratie représentative repose sur l'idée que, globalement, nos représentants, les députés, s'arrangent pour que les politiques suivies soient à peu près en ligne avec notre volonté.

Seulement, il y a de nombreuses exceptions à ces principes. 
Par exemple, quand le Président Hollande décide qu'il faut envoyer l'armée française au Mali, personne en dehors de l'Elysée n'a voulu cela. Ni les citoyens, ni les députés ne se sont prononcés la dessus.
Il existe toute une série de ces dispositions, comme l'état d'urgence (4) ou le Patriot Act, qui altèrent considérablement les libertés des citoyens, et qui nous éloignent de l'idéal démocratique.

Mais, les états ne s'appuient pas que sur des lois, votées de gré ou de force, pour constituer un cadre coercitif. Ils bénéficient avant tout de la manne fiscale collectée auprès des contribuables, que ce soient les entreprises ou les particuliers. C'est bien avec notre argent de contribuables que l'état même toutes ces politiques qui n'ont été validées par personne en dehors de quelques membres d'obscurs cabinets ministériels.

La théorie voudrait, en France notamment, que "Tous les Citoyens aient le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée"(article 14 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen).

Mais quand on observe la réalité de la complexité du vote de la Loi de Finance, on voit bien que non seulement les citoyens n'ont pas leur mot à dire, mais qu'en plus nos représentants n'ont pas vraiment plus de levier sur la discussion (6).
En effet, tout ne se décide t-il pas à Bercy, puis en commission des finances, et ensuite au niveau des groupes, le député votant plus par nécessité de suivre l'avis de son président de groupe (pour s'assurer des investitures ou des subventions) ?

A quel moment les français ont dit oui à Hollande pour ses "guerres pour les droits de l'Homme" et à leur coût humain (7) et financier (8) ? 
Même les députés, quand ils posent des questions, se voient au mieux fournir des explications sans fondement, au pire retourner un silence méprisant.

Dans ce contexte, il faut saluer le fait qu'un acteur parvienne à constituer un début de commencement d'opposition à la toute puissance des états.
Certes, les multinationales qui s'opposent aux Etats ne le font pas forcément par philanthropie ou par idéalisme.

Quand Ikea optimise son taux d’impôt, en profitant des différentes lois existant au sein de l'Union Européenne (9), il n'y a pas de philosophie derrière, juste l'application de techniques de bonne gestion et la volonté de maximiser les profits et les dividendes.


source : Ecolo.be



Mais ce faisant, Ikea prive la France de recettes fiscales qui auraient été utilisées pour payer une éducation nationale injuste, une armée interventionniste ou autres services publics et politiques contestables.
On nous dit : "Rien que pour l'année 2014", le rapport d'enquête des élus du groupe Verts/ALE au Parlement européen évalue "les pertes fiscales à 24 millions d'euros pour la France" (10). Mais le rapport précise t-il que la réserve parlementaire nous coûte 136 millions d'euros ? Ou que la Philharmonie de Paris va coûter 18 millions d’ euros par an de subvention (11) ? Ou que les subventions à la presse selon ont atteint un montant de 516 millions en 2013 ? Ou que la non-livraison du Mistral a coûté 5 millions par mois à la France en 2015 (12) ? 
Avant de critiquer le volet recettes avec Ikea, si on parlait des dépenses ? 

Quand Apple refuse de collaborer avec le FBI pour ouvrir l’iPhone aux autorités américaines, certes il s'agit de préserver la privacy des clients et de ne pas ouvrir la porte à un mécanisme qui pourrait ensuite être exploité par des dictatures, mais il s'agit aussi de ne pas subir le sort de Blackberry (13).
Ce faisant, Apple parvient à concilier poursuite de ses intérêts privés, préserver la confiance qu'ont ses clients, et intérêt général. En effet, l'intérêt des Etats-Unis n'est-il pas de conserver leur leadership moral, et de pouvoir continuer à dire à la Russie ou à la Corée du Nord, qu'il ne faut pas transiger avec les libertés civiles ?

La rébellion contre le système n'est pas une option raisonnable pour le citoyen de base, qui se verra, à la différence des politiciens ripoux, immanquablement broyé par la matrice.

Mais que, pour une raison ou pour une autres, les multinationales parviennent à constituer un contre-pouvoir à des états hors de tout contrôle, voila qui constitue une bonne nouvelle.

Aux PME, grâce au numérique, à suivre le mouvement, quand c'est possible !



(1) H16 Optimisation fiscale : Michel Sapin fait des moulinets du menton 12 mai 2015
(2) Arret sur Images Renault / optimisation fiscale : le CSA donne raison à France 2 29 septembre 2015
(3) Slate Si Apple cède face au FBI, devra-t-il céder face à la Chine et la Russie ? 21 février 2016
(4) Contrepoints État d’urgence : à quelles libertés allez-vous renoncer ? 30 novembre 2015
(5) Conseil Constitutionnel Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789
(6) Le Monde Budget : ces dépenses qu'aucun gouvernement ne peut diminuer 25 septembre 2013
(7) LCI Alexis, 35 ans, parachutiste, 10e soldat français mort au Mali 26 novembre 2015
(8) Libération Le coût exorbitant des guerres de la France 16 mars 2015
(9) Le Monde Evasion fiscale : Ikea, champion de l’optimisation 5 novembre 2014
(10) L'Obs #IKEA 1 milliard d'euros soustraits en Europe 15 février 2016
(11) Contribuables Parisiens et Franciliens Qui va payer les subventions de la Philharmonie de Paris 15 décembre 2014
(12) L'Opinion Exclusif : la non-livraison du Mistral coûtera 5 millions par mois à la France 12 février 2015
(13) Spiegel Privacy Scandal: NSA Can Spy on Smart Phone Data 7 septembre 2013

samedi 20 février 2016

La possibilité du Brexit, la réalité du quasi Frenchxit

Quel magnifique jeu de rôles nous ont offert les chefs d'Etat de l'UE à 28 réunis à Bruxelles, hier !
A commencer par le président Hollande. 
En effet, par la voix du chef de l'Etat, la France a rejeté la possibilité du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne, et a insisté sur le respect des règles communes (1), fédérales aurait-on envie de dire. 

Mais,  au fait, ce n'est pas la France anti-fédérale, le passager clandestin de l'UE ? 

En effet, qu'est ce que l'Union Européenne ? 
Les traités européens sont le fondement de l'Union européenne: toute action entreprise par l'UE découle de ces traités, qui ont été approuvés librement et démocratiquement par tous les États membres, nous dit l'Union Européenne (UE). 

Quand au traité fondateur de l'UE, il est clair. Il précise que les états membres sont "DÉTERMINÉS à établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens". 

Autrement dit, l'idée de l'UE est claire : il s'agit d'aller vers un Etat fédéral.  Et les étapes intermédiaires sont le respect des traités, comme l'Acte Unique de 1986 (achèvement du marché commun par l'instauration des 4 libertés : libre circulation des marchandises et des services, libre prestation et liberté pour une entreprise de s'installer dans le pays de son choix.
libre circulation des personnes et libre circulation des capitaux ) ou le traité de Maastricht.

La référence est claire : il y a quelques exemples de pays fédéraux dans le monde, comme la Suisse, le Canada ou même l'Allemagne, mais le modèle de l'UE, c'est bien les Etats-Unis d'Amérique. D'ailleurs, Jean Monnet a manifestement été très influencé par ses contacts américains. 

Notons la contradiction entre l'idéal fédéral (capitale à Bruxelles, fonctions régaliennes comme l'armée ou la diplomatie centralisées, principe de subsidiarité, notamment au niveau régionalisé/landerisé pour le non régalien) et la réalité intergouvernementale de l'UE (les Etats sont les principaux acteurs de la politique Européenne), ambiguïté qui permet à chacun de dire "c'est de la faute du Bruxelles" plutôt que "nous avons mal négocié". 

Or, que c'est-il passé hier ? 
Il existe un fort courant au Royaume-Uni (RU) anti UE, y compris au sein des Conservateurs, le parti de David Cameron. D'ailleurs, Margaret Thatcher n'était pas, euphémisme, une grande fédéraliste. 
Mais face à la poussée de UKIP, David Cameron a décidé, sage décision, de laisser le peuple britannique décider. 
Cependant, comme Cameron est manifestement contre la sortie du RU de l'UE, il est quand même aller négocier à Bruxelles des aménagements. 

Et voila comment le premier ministre Britannique présente les choses : le Royaume-Uni ne fera jamais parti d'un ensemble supranational type super Etat Européen. 





Aux britanniques à décider maintenant ! Et d'après les sondages, rien n'est gagné d'avance. On se demande juste quand même quel est le projet que David Cameron va présenter à nos amis et voisins britanniques. De quelle Europe parle t-il, sachant que le rejet de l'UE au Royaume-Uni n'est pas qu'un problème comptable, mais bien une question culturelle ?

Mais le plus drôle, ce ne sont pas les contradictions de Cameron, ce sont les remarques de Hollande, qui a donc déclaré : "La Grande-Bretagne doit rester dans l’Union européenne, c’est ma volonté. Mais en même temps, il faut que l’Union puisse avancer. Aucun pays ne doit avoir un droit de veto, aucun pays ne doit se soustraire à des règles communes ou à des autorités communes"(2).




Conférence de presse à l'issue du Conseil Européen par elysee



Si on a bien compris ce que nous raconte l’exécutif de la République Française,

la France est :

  • déterminée à ce que la politique monétaire, décidée par la Banque Centrale Européenne puisse être cohérente avec les politiques budgétaires ("celle que chacun des pays mène dans le respect du pacte de stabilité  (3) ")
  • engagée à ce que l'UE continue à payer la Turquie pour lutter contre l'immigration en provenance de Syrie et d'Irak
  • soucieuse de faire respecter les règles communes
  • désireuse de faire avancer le projet Européen 

On croit rêver !

Est-ce que le Président de la République ne se moquerait pas de nous ?


  • Quel est le pays qui a partiellement rétabli les contrôles aux frontières
  • Quel est le pays qui se soustrait à la nécessité de maintenir la protection des Droits de l'Homme, et a prévenu le Conseil de l'Europe qu'il risquait de déroger à la Convention européenne des Droits de l'Homme ? 
  • Quel est le pays qui se montre incapable de respecter le traité de Maastricht, et revendique même le fait de ne pas suivre la règle de 3% de déficit par rapport au PIB
  • Quel est le pays qui n'hésite pas à subventionner certaines de ses entreprises, en totale infraction vis-à-vis de l'Acte Unique ? 
  • Quel est le pays qui s'éloigne des valeurs démocratiques de l'UE et de l'état de droit et fait voter l'état d'urgence, une mesure qui pérennise un état d'exception ? 
  • Quel est le pays qui déclare la guerre à des pays ou à des groupes terroristes, de manière unilatérale et sans même faire voter son parlement ou prévenir les 27, et qui place ensuite ses 27 partenaires au sein de l'UE devant le fait accompli en leur demandant de payer ? 


Autrement dit, qui est en situation dérogatoire par rapport aux règles communes ? Et toujours autrement dit, quelles leçons pouvons-nous donner aux britanniques alors que nous-même sommes très loin d'être en ligne avec les règles communes de l'UE, règles pour lesquelles le président Hollande a toujours personnellement milité ? 

Il semble, au vu des faits, que si les britanniques s'interrogent, la France, elle, est déjà à l'étape suivante : elle pratique allègrement la politique de l'Europe à la carte, très loin de l'option fédérale. 

Si la France de Hollande est vraiment favorable au fédéralisme Européen, qu'elle commence par respecter le Pacte de Stabilité et de Croissance, l'Acte Unique ou la Convention européenne des Droits de l'Homme. Ensuite, qu'elle prenne une initiative forte comme la fermeture du Balardgone et du Quai d'Orsay et le transfert de leurs pouvoirs à Federica Mogherini, la commissaire Européenne en charge des affaires extérieures. 




(2) Elysee La Grande-Bretagne doit rester dans l'Union européenne. 18 février 2016
(3) Elysee Conférence de presse Conseil européen 18 décembre 2015

vendredi 19 février 2016

Le socialisme, c'est magique

Vous connaissez bien sûr la blague attribuée à Coluche sur les fonctionnaires : "Donnez-leur le Sahara ; dans cinq ans, il leur faudra acheter du sable ailleurs. "

Et bien nous y sommes. Au Vénézuela plus particulièrelement.
Le pays chouchou de Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) a pour caractéristique d'être très riche en pétrole, et qui plus est en pétrole facilement exploitable.
Il a aussi pour caractéristique d'être un pays ultra étatisé, dirigiste et socialiste. 

On avait le désastre Chavez (1) , on a maintenant l’apocalypse Maduro. Le Venezuela a tenté de conserver la politique ultra interventionniste et redistributrice mise en place par le précédent dirigeant.




Le Venezuela  manque de tout, mais au moins jusqu'à présent, ils avaient le pétrole.

Mais voila maintenant où ils en sont : Le Venezuela a importé du pétrole. "Une première pour ce pays latino-américain qui détient les plus grandes réserves mondiales de brut", n'omet pas de préciser le Monde (2)

Il n'y a pas à dire. Le socialisme, c'est magique !




(1) Contrepoints Le Venezuela après Chavez 6 mars 2013

jeudi 18 février 2016

La géométrie variable des journalistes vis-à-vis du Pape François

Les médias ont tous rapporté avec gourmandise la déclaration du Pape François, qui est de retour du Mexique.
Le pape François a déclaré "qu’une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne" (1) et chacun y a compris qu'on parlait de Donald Trump, qui fait campagne notamment sur la lutte anti immigration mexicaine aux États-Unis.




Les journalistes, unanimement anti Trump, ont applaudi cette déclaration. Pourquoi ? Parce Trump est tout ce que des journalistes français détestent :

  • il veut représenter le Parti Républicain
  • il confond l'Allemagne et la France (2) (combien de journalistes européens placeraient correctement l'Illinois et le Kentucky sur une carte ? Allez savoir)
  • il est pour le port d'armes généralisé, comme l'a rappelé le chanteur du groupe Eagles of Death Metal, Jesse Hugues, "plus si cool que ça" (3)
  • il aime l'argent/c'est un promoteur immobilier/il a l'air un peu stupide/il est une star de la téléréalité/il est raciste/il est beauf etc etc, souvenez-vous la Une de Libé du 27 août 2015 (4)

Évidemment, toutes ces raisons sont peu pertinentes. Trump, s'il faut le critiquer, c'est plutôt parce qu'il présente un programme protectionniste et donc anti libéral. Quand à la politique d'immigration, Trump est plus proche de Clinton (femme et mari) que de Reagan, et ça aussi c'est dommage. Mais ces critiques n'entrent pas dans le champ culturel de la presse française.

Mais comme le Pape François, par ailleurs perçu comme une sorte de "progressiste" (comme si l'Eglise catholique entrait dans ce type de grille de lecture), critique Trump, alors les journalistes applaudissent. 

Toutefois, le Pape François a aussi tenu des propos beaucoup moins cools.
Il a aussi réaffirmé que "L'avortement n'est pas un mal mineur, c'est un crime" et là, forcément, chez les progressistes, ça passe moins bien. 
On a même lu chez certaines publications "les déclarations choc du Pape" (5), comme si on parlait de petites phrases d'un quelconque animateur TV qui clasherait ses confrères ou des propos de tel ou tel ministre qui ferait le buzz en trahissant ses convictions. 
Pourtant, si il y a bien un domaine où l'on peut signaler la constance de la Papauté moderne, post Vatican 2, c'est bien sur la question du rapport à la vie sous toutes ses formes, et notamment sur la problématique de l'avortement. Mais à chaque sortie du Pape, la presse s'étonne, comme elle s'étonne même de le voir prier (6) !

Le Pape, semble t-il, n'est pourtant, qu'avant tout un responsable religieux, et plus spécifiquement l'un des responsables d'une organisation à la gestion hiérarchisée et centralisée, sur le plan temporel. 

Alors, puisque l’évêque de Rome est avant tout un religieux, pourquoi ne pas ramener ses propos à ce qu'il devrait être, c'est à dire un message du leader des catholiques à l'attention des catholiques, ce qui, en ce qui concerne la France, ne représente pas plus de 3 millions de personnes (5% des français) ? Ce qui a de pratique, dans les pays type Europe ou États-Unis, chrétiens culturellement donc laïcs, c'est que la religion est une option, même là où on prête serment sur la Bible ou même là ou le souverain est aussi le chef de l’Église, comme chez nos amis et voisins britanniques. Dans ce contexte, on se demande bien pourquoi les propos du Pape ont autant d'écho et sont autant rapportés par les journalistes, surtout dans un pays aussi déchristianisé que la France. 

Accessoirement, les murs ne sont pas l'apanage de Trump (7).




Par exemple, il semble qu'Obama n'ait pas démantelé le mur qui existe déjà entre la Californie et le Mexique ?





(1) France TV Info Le pape François estime que Donald Trump n'est "pas chrétien" 18 février 2016
(2) L'Indépendant Donald Trump situe-t-il Paris en Allemagne ? 7 janvier 2016
(3) Le Point Eagles of Death Metal : Jesse Hughes n'est pas si cool que ça 3 décembre 2015
(4) LPL Donald Trump, le cauchemar américain ? 27 aout 2015
(5) Huffington Post Virus Zika, avortement, pédophilie... Les déclarations chocs du pape François 18 février 2016
(6) Le Figaro L'énigme de la longue prière silencieuse du pape devant la Vierge de Guadalupe 14 février 2016
(7) The Economist Boundary walls and fences worldwide 7 janvier 2016

mardi 16 février 2016

Les #QAG qu'on entendra pas cette après-midi à l'@AssembleeNat

Egalement publié sur Contrepoints
 Un nouveau gouvernement ! Vous n’en rêviez pas ? Vous n’en aviez pas besoin ? Vous l'avez quand même, comme le note le blogueur H16 !
Après tout, Valls et Hollande n'avaient-ils pas d'autre priorités que la gestion des affaires internes à la/les gauche(s) française(s) ? 
On se demande quand même pourquoi Valls est resté en poste, surtout après les échecs subis par la gauche aux dernières élections. Après tout, c'est bien suite à des défaites électorales que Jean-Marc Ayrault avait été démissionné de son poste de premier ministre, non ? 

Remaniement ou pas, les questions de fond demeurent. 
Dans le cadre de sa mission de contrôle de l'action de l’exécutif, le corps législatif, à commencer par les députés à l'Assemblée Nationale, posera t-il les questions au gouvernement (QAG) suivantes ? 



  • Question au premier ministre, Manuel Valls : Monsieur le Premier Ministre, vous avez déclaré que les aides aux entreprises pourraient bientôt être «conditionnées» en estimant les engagements du patronat dans le cadre du pacte de responsabilité « n’étaient pas respectés » (2). Bravo, monsieur le Premier Ministre, pour parvenir à rejeter la responsabilité du chômage sur les entrepreneurs. Il faut dire que vous avez pour interlocuteur le MEDEF, c'est à dire un syndicat assez peu voire pas du tout représentatif des entreprises qui, bien qu'il n'ait absolument aucun pouvoir de décider à la place des entrepreneurs qui et comment embaucher, a laissé entendre que le pacte de responsabilité était une bonne idée.

    Et si, Monsieur le Premier Ministre, vous supprimiez toute forme "d'aide" aux entreprises, y compris le pacte de responsabilité ou le CICE, afin de privilégier, plutôt, la stabilité juridique et fiscale ? Les entreprises ne demandent pas des aides, Monsieur le Premier Ministre, elles demandent juste qu'on les laisse travailler.
    Monsieur le Premier Ministre, merci de cesser de réduire les entreprises au MEDEF, et merci de rappeler également que la Poste, entreprise 100% publique, est l'une des plus grosses bénéficiaires du CICE ? 

  • Question à Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires Etrangères : félicitations, Monsieur le Ministre, nous ne savions pas que vous étiez, en plus du fait de parler allemand, spécialiste des questions diplomatiques ! Espérons que vous saurez trouver votre place entre François Hollande, ce président qui a choisi de poursuivre la diplomatie sarkozyenne, et Jack Lang, shadow ministre des affaires étrangères qui, lui, n'est pas remanié à la tête de l'Institut du Monde Arabe (3) !
    Mais loin des intrigues de cour du 7eme arrondissement, Monsieur le Ministre, le monde bouge, notamment en Turquie, notre partenaire au sein de l'OTAN. Ce pays a, si on en croit plusieurs médias, violé l'espace aérien Grec (4), c'est à dire l'espace aérien de l'Union Européenne.
    Rajoutons à cela les autres contentieux, comme le dossier des réfugiés, ou les liens avec la Russie (5).
    Monsieur le Ministre, allez-vous demander la renégociation des accords liant l'OTAN et la Turquie ? 

  • Question au Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve : félicitations Monsieur le Ministre, malgré l'insécurité, malgré le terrorisme, malgré les bavures policières, vous êtes toujours en poste. Vous conservez votre boulot, mais votre bilan demeure. Etat d'urgence, loi renseignement, déchéance de la nationalité, le gouvernement auquel vous appartenez, non seulement fait preuve d'inefficacité mais surtout affaiblit la garantie de nos libertés, comme le note Aurélien Véron, président du Parti Libéral Démocrate (6).


    Monsieur le Ministre, pourriez-vous faire le bilan des bavures liées à l'Etat d'urgence et expliquer quels remèdes vous comptez apporter ? Pouvez-vous également expliquer en quoi la France n'est pas menacée de voir disparaître la démocratie, au profit d'un régime certes républicain, mais néanmoins autoritaire (7) ? 


Evidemment, on pourrait aussi interroger la nouvelle ministre de la culture sur le népotisme ou sur le copinage (8), le ministre de l'aménagement du Territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales sur le conflit d'intérêt avec La Dépèche du Midi ou encore divers miinstres, y compris le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, sur le cumul des mandats, mais ces sujets sont de moindre importance face aux questions des libertés ou de la réforme de l'économie. Et puis surtout, ce n'est manifestement pas la morale qui guide cette équipe gouvernementale. 




(4) Le Figaro Des avions turcs violent l'espace aérien grec 16 février 2016
(5) L'Hérétique La Turquie ne peut pas rester membre de l'OTAN.html 14 février 2016
(6) La Tribune Un Etat défaillant qui fragilise nos libertés 15 février 2016
(7) L'Obs Yves Sintomer : "La France peut évoluer vers un régime autoritaire" 13 février 2016
(8) Closer La femme de Gaspard Gantzer recrutée par Audrey Azoulay 16 octobre 2016





Episodes précédents 


Les #QAG qu'on entendra pas cette après-midi à l'@AssembleeNat 17 novembre 2015